GIFS, allier engrais biologiques et minéraux dans la filière riz au Sud-Kivu

GIFS, allier engrais biologiques et minéraux dans la filière riz au Sud-Kivu

31/08/2021

La gestion intégrée de la fertilité du sol est parmi les technologies introduites en territoire de Fizi par Rikolto en RDCongo dans la filière riz. C’est dans le cadre du Projet intégré de croissance agricole dans les grands-lacs, PICAGL, projet du gouvernement congolais financé par la Banque mondiale.

Par: Arsène Nyangezi, agronome basé à Sebele

Bonnes pratiques agricoles, voilà un must pour réussir le pari de la baisse des couts de production par tonne. Et augmenter la productivité pour assoir la rentabilité. Celles-ci ont également un impact sur la qualité du riz et la durabilité écologique.

La gestion intégrée de la fertilité du sol, GIFS, est un ensemble de pratiques de gestion de la fertilité du sol. Celles-ci passent impérativement par l’utilisation d’engrais minéraux, d’intrants organiques et de germoplasme amélioré. Combinée à l’adaptation de ces pratiques aux conditions locales, la GIFS a pour finalité l’optimisation de l’efficacité agronomique des nutriments appliqués et l’accroissement du rendement des cultures.

C’est une technologie bien adaptée aux sols à faible fertilité d’autant plus qu’elle permet d’améliorer celle-ci. Ce qui permet d’augmenter en même temps la production rizicole. Elle est également basée sur les résultats d‘analyse des sols, ce qui permet d’appliquer des doses optimales et respecter l’environnement.

« Learning by doing » à travers les CEP

Dans le cadre de l’appropriation des savoirs, la GIFS est l’une des technologies enseignées aux paysans riziculteurs des provinces du Sud-Kivu et du Tanganyika dans l’Est de la République démocratique du Congo. Les enseignements ont été effectués à travers les champs-écoles paysans, CEP, sous l’impulsion du PICAGL et l’encadrement de Rikolto.

En effet, contrairement aux méthodes anciennes de transfert technologique, les champs-écoles paysans sont une approche d’apprentissage réservée aux adultes. On enseigne à ces groupes d’agriculteurs comment pratiquer des expériences pour résoudre des problèmes de manière indépendante.

Dans les CEP, 25 producteurs se rencontrent régulièrement au champ avec un facilitateur pour apprendre. Ils préparent et conduisent la culture du riz sur une superficie de 10 à 12,5 ares où ils pratiquent les anciennes (pratiques paysannes) et nouvelles technologies (pratiques technologiques). Les conclusions en découlent grâce aux observations et discussions.

Informations techniques

L’itinéraire technique de la conduite d’un champ suivant la technologie GIFS se résume comme suit :

1. Préparation de la semence

La semence est choisie, triée puis prégermée. La semence est trempée dans l’eau pendant un jour, puis enfermée dans un sac pendant deux jours. Cette technique de prégermination permet de stimuler la croissance rapide des plants. Il faut 200 g de semence par are avec cette technique. Préalable : retirer et jeter toute la paille et tous les grains flottant lors du trempage.

2. Pépinière

Il faut préparer le sol des pépinières une journée avant le semis. Pour 1 are à repiquer, construire une plate-bande de 10 m² (1,25m x 8m) bien nivelée en y incorporant 10 kg de fumure organique et 55g d’urée si nécessaire. Passer au semis en faisant une répartition uniforme des grains et les couvrir avec une mince couche de terre fine et une mince couche de paille (différente de celle de riz) puis arroser. Enlever la paille une semaine après le semis. Préalable : acheter les semences certifiées auprès des multiplicateurs agréés de semence. Placer les pépinières sur des bandes humides, labourées et aplanies.

3. Préparation du champ

La préparation du champ consiste premièrement à aménager les casiers rizicoles, le 1er labour (profond) intervient 3 à 4 semaines avant le semis. Une semaine après le premier labour, il faut mettre de l’eau dans les casiers rizicoles pendant trois jours. Le 2ème labour intervient une semaine avant le repiquage, en incorporant la matière organique à raison de 1 à 1,5 kg/m2. Après, va suivre la mise en boue et nivèlement en utilisant une lame d’eau pour vérification juste avant le repiquage.

4. Repiquage

Le repiquage intervient 21 jours après semis. Il faut arroser (humidifier) la pépinière au moment de l’arrachage des plants pour éviter de briser les racines. Repiquer ces plants en ligne à raison de 2 à 3 plants par poquet et aux écartements 20cm x 20cm. Attention : le maintien des plants pendant une période importante en pépinière limitera leur aptitude au tallage et donc le rendement.

5. Gestion de l’eau

Commencer à irriguer 4 à 5 jours après repiquage. Maintenir une lame d’eau qui dépasse légèrement le niveau du sol (2 à 3 cm) au cours de la croissance et une lame de 5 cm à la floraison et fructification. Retirer l’eau un jour avant le sarclage et apport d’engrais et la remettre 4 jours après l’application d’engrais. Drainer l’eau dans les casiers rizicoles deux semaines avant la récolte.

6. Entretien du champ

Le sarclage se fait à chaque fois que le besoin se fait sentir. Il faut sarcler le plus tôt possible avant que les mauvaises herbes n’envahissent la culture en place, et chaque fois avant application d’engrais. Si le labour a été bien fait, deux à trois sarclages suffisent au cours du cycle. Apporter l’engrais en 3 fractions dont 20gr/m² de NPK 17-17-17 ou 10 g/m² de DAP au repiquage, 5g/m² d’urée au début du tallage et 5g/m² d’urée à l’initiation paniculaire. Préalable : il faut un épandage d’engrais uniforme dans les casiers rizicoles.

7. Récolte

Le paddy est récolté à maturité (quand les 3/4 supérieurs du rachis ont jauni et que 80 à 85% des panicules sont à maturité physiologique, avec une couleur jaune pâle). La récolte se réalise à temps frais (très tôt le matin de préférence) en coupant les talles à la base. S’ensuit le battage, le séchage, le vannage et le stockage.

8. Rendement obtenu

La GIFS bien que n’étant pas à la première place en termes de quantité produite, elle a donné des rendements bien significatifs. Les chiffres obtenus sur terrain montrent une moyenne de 3.64 tonnes par hectare pour la GIFS, 4.03 tonnes pour le SRI et 2.90 tonnes par hectare pour les pratiques paysannes. En effet, , la GIFS, est mieux recommandée pour des sols à faible fertilité où elle donne mieux que toutes les autres pratiques.