Leçons à tirer de l’enquête Inclusive Business Scan de COOKKANZ

Leçons à tirer de l’enquête Inclusive Business Scan de COOKKANZ

03/09/2018
Merveille Saliboko
Merveille Saliboko
Journalist in Congo

En novembre 2017, Rikolto en République démocratique du Congo a utilisé le Inclusive Business Scan, IBS, pour collecter les histoires des membres de la coopérative de café arabica Kawa Kanzururu en territoire de Beni. Objectif : comprendre comment les membres apprécient leur appartenance à la micro-station de lavage de café, MSL, ainsi que l’appréciation de la relation entre membres et MSL, d’une part, et la relation entre MSL et la coopérative, de l’autre. Cela, pour mieux baliser le processus menant à l’autonomisation de la coopérative Kawa Kanzururu.

Entretien avec Rafiki Ise Kalulu, en charge de l’appui de proximité à la coopérative Kawa Kanzururu chez Rikolto en RDCongo, pour mieux comprendre les résultats de cette enquête et l’utilisation faite des données…

En quoi l’enquête IBS est-elle différente des autres méthodes d’enquête ?

L’IBS est un outil optimisé par SenseMaker pour organiser des commentaires en temps réel sur les entreprises inclusives dans les chaînes d'approvisionnement. SenseMaker est une approche innovante basée sur la collecte de grandes quantités de micro-expériences, interprétées directement par le narrateur lui-même. Chaque enquêté a sa propre expérience vécue, ce qui justifie l’émotion ressentie : joie, tristesse, frustration, satisfaction, … Le sens à donner à telle ou telle autre expérience vient de l’enquêté, sans a priori de l’enquêteur qui peut biaiser le résultat.

Par rapport aux résultats de l’étude, le constat des caféiculteurs membres, c’est la perception dirigiste de la direction de la coopérative…

Le défi, c’est de faire participer les membres de la Coopérative Kawa Kanzururu (COOKKANZ) à la gestion de la coopérative grâce à l’information en temps réel. Solution préconisée : chaque membre du conseil d’administration devra faire une bonne restitution au sein des MSL qu’il représente. Un canevas de consultation de la base et de restitution est en train d’être élaboré.

Le second défi, c’est le bénéfice d’affiliation à la coopérative. On s’est rendu compte que ce bénéfice n’est pas clairement expliqué aux membres. Certains ne savent même pas ce qu’ils gagnent grâce à l’affiliation à la coopérative comparativement aux non-membres. Nous estimons que l’on doit documenter clairement ce que les membres gagnent grâce à l’affiliation à la coopérative et le conseil d’administration devra l’expliquer clairement aux membres. Cela pourra renforcer le message de sensibilisation.

Quid de la gestion commerciale de la coopérative ?

Plus de la moitié des sondés considèrent que la quantité des cerises livrées à la MSL est influencée par le prix élevé comparé à celui de la concurrence. Malgré cela, nous nous attelons à mettre en place un mécanisme qui permettra de maintenir un prix stable et plus élevé par rapport à la concurrence. Pour cela, il faudra négocier avec les acheteurs afin de signer les contrats avec prix minimum garanti au producteur avant la collecte et livraison des cerises de façon à ne pas subir la volatilité des prix de la bourse de New-York.

Autre point important : certains membres livrent des cerises anticipativement aux acheteurs fraudeurs par suite de plusieurs besoins de la vie.

Ils prennent, en effet, des avances en argent et quand la saison arrive, ils n’ont plus assez de cerises à livrer à la coopérative. La mesure envisagée par la coopérative est de négocier avec les écoles, les structures sanitaires… et prendre un engagement pour que ces structures acceptent d’offrir des services aux membres en attendant la maturation des cerises pour paiement. La coopérative s’engagera ainsi comme garantie morale.

Et la livraison des cerises à crédit ?

Nous sommes en train de mettre en place une politique d’encouragement des membres à livrer leurs cerises à crédit à la coopérative. Dans cette perspective, le conseil d’administration va définir un taux d’intérêt qui sera offert à tous les membres qui accepteront de livrer leurs cerises à crédit. La situation actuelle est que 10% des sondés sont payés en différé sur décision personnelle afin d’accumuler plus de recettes.

Parlons des parts sociales à présent…

Ah, oui ! C’est un autre défi. 14% considèrent que les parts sociales sont inappropriées. Pourquoi cette perception ? Comment changer la donne ? Nous envisageons, avec la coopérative, concevoir un message de sensibilisation destiné aux membres. Ce message leur expliquera à quoi servent leurs parts sociales et l’intérêt individuel que cela leur rapportera.

Les membres, comment apprécient-ils les services fournis ?

Encore un défi ! 19% des sondés ne savent pas comment cela est géré. Pour y remédier, nous allons harmoniser le système de rémunération des agents des MSL, un système bénéfique pour la coopérative et qui encourage les travailleurs. Ce système sera basé sur les indicateurs de performance: quantité et qualité de café traité. Nous sommes en train d'étudier la faisabilité de l'approche.

On sent qu’il y a des problèmes de communication avec les membres…

À ce sujet, il faut vraiment améliorer le système d’information des membres sur les différents contrats avec les acheteurs. Même chose pour les différents scores de qualité du café, autant que les concours remportés… Nous estimons urgent de faire marcher le système d’évaluation des MSL sur base de différents critères de performance et rémunérer les MSL qui obtiennent la bonne cotation. Cela doit clairement être publié dans le journal interne de la coopérative.

Le journal interne justement, quel rôle doit-il jouer ?

C’est le nœud de la communication interne. Informations sur le fonctionnement de la coopérative, les différentes instances, les liens avec les partenaires comme Rikolto, les institutions de crédit, les contrats de vente, les scores de qualité, les quantités produites, … Bref, toute l’information dont le membre a besoin doit passer par Taarifa ya Kawa Kanzururu.

Les dirigeants et gestionnaires de la COOKKANZ ont pris l’engagement de renforcer la publication régulière du journal interne de la coopérative et de veiller à ce que celui-ci soit affiché au mur de la MSL chaque mois et, au besoin, le lire à haute voix à ceux qui ne savent pas lire. Le conseil d’administration a pris l’engagement d’en faire un bon suivi.

Et ce journal doit, à terme, amener les membres à mieux apprécier leur membership et livrer tout leur café à leur entreprise coopérative…

Dans cette optique, nous voudrions montrer clairement cela dans le message de sensibilisation, parler aux membres du seuil de rentabilité de la coopérative qui dépend aussi de la quantité.

Les statuts prévoient le partage de 40% du bénéfice sous forme de ristournes aux membres, proportionnellement aux quantités de café livrées. Nous devons ainsi mieux expliquer aux membres que plus ils font des efforts à augmenter le volume de café de bonne qualité, plus vite ils dépasseront ce seuil de rentabilité, plus vite ils auront accès à une ristourne. Cela les encouragera à convaincre les autres producteurs à adhérer aussi à la coopérative pour apporter leurs cerises et augmenter le volume afin de permettre à la coopérative de faire un bénéfice plus rapidement et aux membres de bénéficier d'une ristourne plus vite.

Et qu’est-ce qui est fait du côté de Rikolto pour venir à bout de tous ces défis ?

Nous nous attelons à former les gestionnaires et dirigeants de la coopérative à changer ces défis en opportunités pour réaliser l’objectif que nous nous sommes fixés : l’autonomisation de la coopérative Kawa Kanzururu.