Les producteurs du cacao s’expriment envers Michel Arrion

Les producteurs du cacao s’expriment envers Michel Arrion

27/08/2021
Ivan Godfroid
Ivan Godfroid
Programme development director in DR Congo

Ce n‘est pas tous les jours que le Directeur exécutif d’une organisation comme ICCO – Organisation internationale du cacao – vient en visite en RDC. Le Directeur général de l’ONAPAC, Office national des produits agricoles du Congo, avait même eu le reflexe d’inviter les acteurs de la filière cacao à Kinshasa à une rencontre avec le visiteur de marque. C’est ainsi que Cacao Okapi, la coopérative partenaire à Rikolto basée à Mambasa, province de l’Ituri, avait également reçu son invitation. « Compte tenu de la précarité actuelle de notre trésorerie, nous vous prions de vous prendre en charge pour le voyage et le séjour à Kinshasa », lisait l’invitation. Mais cela n’avait pas d’importance. Car les compagnies aériennes qui normalement passent par Bunia ont fait la grève, suite à l’imposition par le gouvernement de nouveaux tarifs revus à la baisse pour les vols domestiques. Il fallait donc trouver une autre voie pour faire entendre sa voix.

Solidarité paysanne

Heureusement le mouvement paysan en RDC est bien structuré et solidaire. La majorité des provinces disposent déjà d’une fédération des organisations des producteurs agricoles, réunies dans la CONAPAC – Confédération nationale des producteurs agricoles du Congo. Et même les OP d’une province qui n’a pas encore sa fédération provinciale, comme l’Ituri, peut déjà faire appel a la confédération. Rikolto a immédiatement facilité une réflexion avec ses deux organisations partenaires : l’UPCCO (Union des planteurs de cacaoyers du Congo, un Groupement d’intérêt économique) et la Coopérative Cacao Okapi, la coopérative des planteurs de cacao de spécialité de l’Ituri, pour faire une analyse de leur vécu et présenter une note de plaidoyer. Celle-ci se terminait par dix propositions faites à l’ICCO et l’ONAPAC. Le secrétaire exécutif de l’ONAPAC, Freddy Mwamba, et le chargé du plaidoyer de cette confédération, Simplex Malembe, ont reçu le mandat des deux entreprises paysannes pour les représenter valablement à la rencontre avec l’ICCO, le 25 août 2021, ce qu’ils ont accepté avec conviction et engagement.

Qualité d’abord !

Produire plus, mieux et ensemble !
Michel Arrion Directeur exécutif de l'ICCO

Après la rencontre, Freddy Mwamba a immédiatement fait une restitution aux entreprises cacaoyères en ces termes : «Le directeur de l’ICCO a mis l’accent sur l’amélioration de la qualité en vue de produire un cacao standard de qualité, ceci nécessite de bien veiller sur les opérations de fermentation et de séchage qui se déroulent dans les 10 jours qui suivent la récolte car c’est ce qui détermine la qualité. Pour cela il a recommandé de ne pas laisser les paysans seuls dans ces opérations car chaque paysan utilise ses moyens qui peuvent ne pas être appropriés. Ainsi il encourage que les paysans puissent s’organiser en coopératives qui pourront ainsi se charger de ces travaux de fermentation et séchage pour s’assurer de la qualité des fèves. En résumé le Directeur de l’ICCO est revenu sur les termes suivants : produire plus, mieux et ensemble. »

Honneur au cacao de l’Ituri

En écoutant de près, ces conseils paraphrasent la stratégie que Rikolto a mise en place depuis 2018 : créer une coopérative pour améliorer la qualité en vue d’obtenir un meilleur prix et augmenter le revenu des producteurs. C’est dans cet esprit que Cacao Okapi est née, après une longue période de sensibilisation. Entre-temps elle a exporté son premier conteneur de cacao de spécialité, et le client Véliche vient de passer une commande pour un deuxième conteneur. Le cacao de l’Ituri a été fortement apprécié. Un chef de renom, David Redon, vient de remporter la troisième place aux Belgium Chocolate Awards, avec le chocolat que Véliche a produit à base du cacao de Cacao Okapi, et qu’ils ont baptisé Okapi 65 (signifiant que ce chocolat contient 65% de cacao). Interrogé pourquoi il a décidé de travailler avec Okapi 65, le chef explique : « D'abord parce qu'il s'agit d'un chocolat d'appellation d'origine, totalement nouveau sur le marché et donc très intéressant pour créer la surprise. Ensuite pour son profil aromatique qui était très compatible avec mes choix, comme la légère amertume, et son profil de notes d'orange et de poivre. Enfin, je me suis tourné vers Okapi 65 pour sa facilité d'utilisation grâce à ses propriétés techniques, comme sa fluidité pour mouler ma coque par exemple. »

L’avenir sent bon !

Deux partenaires belges, ZOTO et Silva-Cacao, se sont engagés pour développer des relations commerciales équitables pluriannuelles avec ces deux producteurs-exportateurs. Cacao Okapi va se concentrer sur le cacao de spécialité et l’UPCCO compte se profiler, avec l’appui de ses partenaires et de l’initiative belge Beyond Chocolate, comme un exportateur de cacao de volume, fermenté à la ferme, en respectant un protocole de fermentation et de séchage qui donne une qualité au-dessus de la moyenne et obtient un différentiel positif sur le marché mondial. Cette semaine un conteneur de cacao ordinaire quitte la RDC par Mahagi pour entamer son voyage vers son destinataire final. A notre grande surprise, cet acheteur se trouve en Indonésie ! Un pays producteur-exportateur ! Interpellés, nos collègues de Rikolto en Indonésie nous expliquent que les usines manquent de matière première en raison de la diminution de la production nationale de cacao en Indonésie. Il y a plusieurs années, ils ont investi massivement pour établir une industrie de transformation en Indonésie en raison des politiques gouvernementales indonésiennes qui facilitaient les investissements. Cependant, maintenant que la production nationale indonésienne a chuté, ils doivent continuer à faire tourner leurs usines, même s'ils doivent importer d'Afrique. Comme les fèves de cacao indonésiennes ne sont pas fermentées, elles sont mélangées aux fèves fermentées d'Afrique. Et aussi comme les fèves de cacao d'Afrique donnent un arôme et un goût supérieurs, elles sont mélangées avec les fèves d'Indonésie pour relever les caractéristiques organoleptiques. Les conclusions sont claires : avec la qualité croissante de son cacao, la RDC a commencé la conquête du monde, et ses cacaos d’origine feront parler du pays en termes élogieux, portés par des arômes authentiques. Ca changera les idées, comparé à la perception dominante sombre de la RDC dans les médias.